Carré 98
Carré d'étude réservé par Eloïse MOREL BONNET-GONNET
Les micro-saisons d'un parking couvert
Je ne m'attendais pas à retrouver autant d’ambiances différentes sur un simple parking de supermarché. Parfois, en prenant le temps, certaines choses que l’on croyait fondamentalement inintéressantes se révèlent captivantes.
Le travail essentiel est le regard. Le trépied sert d'ancrage, m’obligeant à trouver de la poésie dans l'ordinaire. Plus l'observation se poursuit, plus l'environnement inspire : ce n’est pas un simple cube de béton, mais une mosaïque d’ambiances variant selon l’angle de vue.
Le parking résonne d’un écho feutré sous les néons, dont la tiédeur artificielle est essentielle. Deux types d'histoires s'y distinguent : la majorité en transit, dont le but commun est de faire leurs courses, qui ne s'attardent pas et dont la seule différence est le contenu des sacs ; et ceux qui s'approprient l'espace, comme un vélo qui traverse pour raccourcir son chemin, ou des enfants qui jouent entre les voitures.
Pourtant, il est fascinant de voir à quel point l’ambiance change avec la météo et la période de la journée.
Un jeudi à 13h, par exemple, la scène se détend. Le soleil perce les ouvertures comme une promesse, une lumière presque trompeuse qui laisse espérer la fin d'un hiver à peine entamé. Les corps sont moins pressés, l'atmosphère plus respirable. C’est aussi calme qu’un vendredi matin à 10h.
Mais un mardi soir vers 18h, le parking bascule dans l'agitation. Dehors, un vent coupant et violent s'engouffre, mêlé au crissement des feuilles. Blottie dans mon écharpe, je sens l'urgence. Le lieu devient une gare de triage, les véhicules pressés, les gens cherchant à fuir au plus vite l'austérité du soir et du froid.
La conviction demeure : les lieux les plus ordinaires sont souvent les plus riches en histoires. Ce qui était cherché dans ce parking a été trouvé : la preuve qu'il se passe toujours quelque chose, une micro-histoire, une variation de lumière, un fragment de vie, même dans l'apparente monotonie.
Des histoires qui se croisent.

Scène de fin de journée.

Regard d'un phare en attente.

Une tâche bien trop banale...


