Carré 70
Carré d'étude réservé par Emilie PENICAUT
À la croisée des chemins.
Nom du lieu : Croisement de la rue des alliés et de la rue Stalingrad
Tous les jours, sur le chemin de l’école, mes roues de vélo croisent le bitume ce carrefour hautement fréquenté. Comme toute personne passant par ce croisement, je suis pressée. Le matin je suis pressée pour me rendre en cours, le soir je suis pressée par la fatigue de la journée, je ne regarde pas autour de moi, pas le temps. Pas le temps d’écouter le bruit des moteurs des voitures, les klaxons ou les pigeons qui roucoulent. Pas le temps de sentir le vent me traverser le corps, la pluie ruisseler le long de ma veste ou le soleil me réchauffer la peau. Pas le temps d’observer le jeu de lumière minutieusement organiser par les feux de signalisation, les oiseaux voler, les feuilles mortes tomber ou les montagnes changer au fil de la météo. Pas le temps de remarquer qu’il n’y a rien à voir, que les trois magasins qui se cours après sont fermés, que les façades des habitations sont abimées par le temps, que le sol est fissuré ou que le peu de biodiversité présente se meurt.
Et surtout, pas le temps de me demander où tous ces gens pressés comme moi vont.
Seul le béton qui constitue le trottoir, la route ou les façades observe. Il observe ces gens qui lui marchent dessus et l’abiment depuis des années. Il écoute les conversations, parfois envenimées, parfois barbantes et parfois elles le font pleurer. Il sent le rythme soutenu fait par les pas rapides de ceux qu’il croise tous les jours, le poids des feuilles mortes et des déchets qui l’enlaidissent. Il observe une dame rater son bus, un enfant courir après un pigeon, deux inconnus se rentrer dedans et les phares des voitures l’éblouir à toute heure du jour et de la nuit. Il remarque que deux vieilles connaissances se croisent par hasard, qu’elles prennent une pause dans ce brouhaha infini pour prendre des nouvelles, de rire et qu’ensuite tout recommence.
Il se demande souvent où vont tous ces gens.
Le bitume enfermé par les travaux observant un passant se réchauffer en sortant de la chaleur du bus.

Le temps est mis sur pause pendant un court instant pour laisser discuter deux amies.

Les vestiges d’un rêve d’une nouvelle vie partis sous la pluie

Éblouie par les lumières, je roule pour rentrer au plus vite


