Carré 67
Carré d'étude réservé par Nora NICOLAU
Un lieu qui ne fait que passer
Sur cette parcelle suspendue entre deux fragments de ville, j’ai trouvé un lieu qui n’existe qu’en mouvement. Autour de moi, les formes se répondaient : un carré d’herbe posé comme une parenthèse, des angles nets, des lignes tirées vers les façades, et au milieu, ce mince trait qui relie deux rives comme un geste hésitant.
Je suis restée là longtemps, immobile dans un endroit qui ne l’est jamais. Ma vidéo, presque muette, ne retient que le souffle du lieu ; pourtant, ce que j’ai entendu, moi, c’était la multitude. Des langues entremêlées, des fragments de conversations qui ne se rejoignent pas, des timbres venus d’ailleurs et d’ici, portés par ceux qui passaient sans s’arrêter. Des visages, des pas, des micro-histoires qui ne me regardaient pas et qui continuaient sans moi.
J’aurais voulu disparaître dans le décor, observer sans peser, mais rien n’était prévu pour se cacher. Alors j’ai assumé ma présence, un point de plus dans la géométrie du lieu. Certains souriaient en me croisant, comme si ma curiosité les amusait. Tous allaient quelque part, pressés ou tranquilles, mais toujours en direction de leur propre vie. Cette parcelle n’était pas un rendez-vous : c’était un entre-deux, un couloir d’air où l’on ne fait que passer.
Et pourtant, dans cette succession de trajectoires, quelque chose d’infime s’est formé : la sensation d’être au cœur d’un espace qui, sans le vouloir, rassemblait le monde. Un lieu simple, traversé par des inconnus, mais habité par une beauté discrète, celle de toutes ces vies qui s’effleurent sans jamais se heurter.
Deux silhouettes passent, leur conversation aussitôt effacée par le bruit des voitures.

Un chemin silencieux longe l’EHPAD, enveloppé de verdure.

Des pas dans la nuit, saisis au moment où les ombres se croisent.

Objet d’arrêt devenu réceptacle, le lieu conserve la trace de ceux qui ne s’assoient plus.


