Carré 61

Carré d'étude réservé par Domitille CLARY


Rayon d'1 km

Nom du lieu : Rue du général Ferrié

Novembre 2020

J’ai de la chance. La rue du général Ferrié se trouve à moins d'un kilomètre de mon lieu de confinement. J’ai l’impression que le regard que je porte sur ce croisement est d’autant plus positif que je vois sa visite comme un rendez-vous hebdomadaire. Je constate au fil de mes observations que le froid qui s’installe se remarque à peine. En effet, l’unique végétation se résumant à des conifères, l’endroit reste vert comme figé dans le temps. Seul le sexagénaire descendant ses poubelles en robe de chambre et bonnet nous informe que le mois de décembre se rapproche.

Je remarque que la diversité des bâtiments se réduit à de hauts immeubles, pratiquement tous identiques. Seul le bureau de tabac au coin de la rue, dont s’échappe une forte odeur de cigarette froide, laisse apparaître la montagne, brisant le couloir anxiogène formé par ses voisins géants. Je m’attarde sur les graffitis omniprésents sur les stores des appartements du rez-de-chaussée. Je jette ensuite un coup d’œil aux différentes affiches d’associations caritatives qui en disent long sur le niveau de vie des habitants du quartier.

J’entends le froissement des feuilles mortes balayées par le vent et le pas des passants pressés. J’écoute les conversations des piétons, étouffées par leur masque. Je ressens les vibrations de la circulation : le vrombissement des moteurs, le crissement des freins sur le bitume humide, la détonation des klaxons… Une musique de Noël dépassée s’amplifie puis s‘essouffle en même temps que le camion d’où elle s’échappe.

J’aime l’animation qui se dégage de cet endroit, particulièrement appréciable en pleine période d’isolement. Les voitures rentrent et sortent d’un parking sous terrain. Les vélos se faufilent entre les bus et la queue devant le tabac ne semble pas diminuer. Plusieurs passants me demandent pourquoi je prends des photos, engageant une conversation. Bonne nouvelle, les masques ne semblent pas freiner les interactions sociales.

Longue attente, disparition rapide

Labyrinthe créé par les murets de bétons

Reflet des logements dans une vitre du rez-de-chaussée

"Pourquoi c'est écrit Lou?"