Carré 54

Carré d'étude réservé par Ziad NEMLI


Une froideur étonnamment harmonieuse

Nom du lieu : Rue Henri Bergson

Il est dix heures passées d'une dizaine de minutes, voilà, j'y suis. Un jour grisâtre perce à travers les bâtiments qui bordent de part et d'autre la rue. Cette grisaille, au lieu de se dissiper en raison de l'heure avancée de la journée, persistait et laissait paraître l'état de vétusté des bâtiments et faisait naître une sensation de vide, de solitude qu'accentuait le nombre de garages fermés au rez-de-chaussée des immeubles. Seule note de joie : des graffitis représentant entre autres une fillette au visage caché par des ballons aux couleurs gaies. La rue donne à première vue l'impression d'être une impasse, si peu elle est fréquentée, mais on réalise vite que ce n'en est pas une. En fait, c'est un raccourci emprunté généralement par de rares passants. Rares sont aussi les passages des habitants de la rue ; des gens d'un certain âge. Il n'y avait pas de jeunes !
C'est une rue où le calme règne en maître, où le moindre bruit se répand en écho. Un calme, parait-il, souhaité comme en témoigne plusieurs pancartes interdisant de jouer au ballon, de stationner... Ceci nous amène à parler de la réaction des habitants de la rue à ma présence qui n’est pas passée inaperçue car en cherchant des angles de vue pour mes photos, j'ai remarqué des rideaux bouger et des coups d'œil discrets. Un couple de vieillards était même désagréablement surpris de me voir en train de prendre des photos.
Ma deuxième visite a eu lieu un samedi après-midi ensoleillé. La rue est toujours aussi calme mais c'est un calme moins oppressant, peu pesant. Il y a néanmoins plus de déplacements en raison du weekend. Ma présence est cette fois provocante car en plus de mon matériel (trépieds et appareil), je me tiens au milieu de la rue pour filmer, ce qui perturbe certains et éveille la curiosité d'autres. En effet, en plus des regards furtifs, certains passants en sont même venus à m’interroger. Leur curiosité laissant place à l’étonnement et même à la raillerie en apprenant l’objectif de mon travail.

Silence, regards, échos... Le long d'une rue.

Plongée dans l'intimité de la rue.

Une quête de calme, ou de solitude ?

Une note de joie, quand même ?