Carré 46

Carré d'étude réservé par Charlotte BERG


Au Rythme de la Journée

Nom du lieu : rue Lazare Carnot

Mardi 13 octobre, 13h28
C'est une rue calme qui m'accueille, elle est presque déserte sauf pour quelques piétons qui marchent rapidement leurs regards fixés au sol.
Dans l'élan de l'automne, les feuilles commencent à jaunir, le ciel se couvre, mais il fait encore doux. Il avait plu le jour précédent, il reste des traces d'humidité sur le trottoir, au loin, on entend le bruit léger d'une goute d'eau qui tombe sur le sol.

Jeudi 29 octobre, 16h10
Le jour avant le confinement.
Dans la rue en face, des gens sont agglutinés, ils font la queue devant le grand magasin d’en face. Ils récoltent des provisions avant d’être confinés. Les feuilles commencent à tomber, sur le sol de petits tapis d'un patchwork de jaune et d'orange encadrent la route et les trottoires.
Sur le mur, des graffiti, des dessins, un numéro d'appel pour les femmes victimes de violences et une phrase sur les inégalités sociales couvrent la peinture blanche.
J'entends un aboiement, une dame sort de l'appartement de droite, elle a un petit chien qui tire sur sa laisse et fait pipi sur une roue de voiture. Un papa et sa fille marchent vers la Caserne de Bonne, elle lui raconte sa journée, il rigole. Une goutte tomber sur ma joue, sur son balcon une dame arrose ses plantes.

Samedi 21 novembre, 17h10
Le début du coucher de soleil pendant le confinement.
Ça fait longtemps que je ne suis pas sortie de chez moi, je suis surprise par le monde qui parcourt mon lieu.
Il fait un peu froid, j'aurais dû penser à prendre des gants.
L'automne bat son plein, le vent souffle dans les arbres presque nus, les passants portent leurs plus grandes écharpes. Le numéro d'appel à été repeint.
On voit un homme masqué criant au téléphone, un jeune couple s'échangeant des mots doux, un homme fatigué, des sacs de courses à la main, qui tous, éventuellement, rentrent dans un appartement.
La rue s’assombrit, le soleil se couche derrière les montagnes en un spectacle de teintes roses et oranges et je décide de rentrer chez moi.

Nous assistons au théâtre de la vie quotidienne; des personnes masquées se promènent, et font leurs courses ou rentrent chez eux.

J -1 avant le confinement, on voit écrit le numéro du 3919. Pendant le Covid, les cas de violences conjugales augmentent mais la solidarité persiste.

Derrière les feuilles de cette jungle urbaine, nous distinguons des nuages grisâtres annonçant la prochaine pluie.

Dans sa timidité, le coucher de soleil se cache derrière les appartements, se rendant invisible aux regards inattentifs.