Carré 43
Carré d'étude réservé par Emma MAIGNAN
Halte au bruit de la ville
Nom du lieu : Esplanade Alain le Ray
Au bord des grandes voies
le monde grondait.
Les voitures, les bus, le flot des vies pressées
tout vibrait autour de moi,
trop fort, trop vite.
Puis j'ai franchi le seuil.
D'un coup, le tumulte est resté derrière moi,
comme si les murs et les arbres
avaient refermé une porte invisible.
J'ai senti l'air changer,
plus lent, plus doux,
un souffle que le ville ne savait plus offrir ailleurs
Ici, tout semblait séparé du reste :
un morceau de silence posé au milieu du bruit.
Les bâtiments encerclaient l'esplanade
comme des bras immense
retenant le vacarne du monde.
Là, devant moi,
les couleurs d'automne s'attardaient encore
le feuillage qui flamboie
juste avant de s'éteindre.
Les rires des enfants au rugby
traversaient doucement l'air,
rebondissaient comme leurs ballons.
À côté, deux chiens tournaient autour de leurs maîtres
avec ce sérieux joyeux
que seuls les chiens connaissent.
Sur un banc, des mères suivaient
d'un regard vigilant
les éclats rapides des trottinettes.
Et des passants passaient
tranquilles, presque effacés,
comme si ici même leurs pas
savaient parler moins fort.
Puis l'hiver est arrivé ;
Les arbres ont perdu leur parure,
laissant leurs branches nues
se découper dans un ciel pâle.
La lumière ne dansait plus,
elle glissait, froide, sur les pavés.
Et pourtant,
la même paix demeurait.
J'ai compris alors
que cet endroit ne vit pas seulement dans les saisons qui changent :
il vit dans ce qu'il m'enlève.
Il retire le bruit, la vitesse,
le monde qui bouscule
et me rend, juste un instant :
Ma propre respiration.
Le souffle calme de l'espalanade agitée

L'instant où tout bascule

Dernières feuilles, la saison en éclat

Tous les âges réunis dans un même lieu


