Carré 4

Carré d'étude réservé par Cyrille VANPEENE


A l'arrière des barres de vie.

Nom du lieu : la vigne du père gras.

Finalité inconnue, juste des coordonnées, objectif d’un footing libérateur des tensions constantes, mais qui reste pour le travail. Je sais où c’est : depuis petit je connais la bastille et les grottes de Mandrin (contrebandier local, robin des bois Français). J’ai le souffle coupé arrivé à la gare du téléphérique mais mon point est un peu plus haut alors je trouve mon second souffle et c’est au début de cette seconde monté que se trouve le lieu. Arrivé, je reconnais l’endroit. C’est chouette, au-dessus de Grenoble : c’est une transition entre le Glacis de la Bastille et le mémorial des troupes de montagnes. Dommage, la cache du hors la loi n’est pas dans ma zone d’études. Depuis ce perchoir dominant le Y, j’y trouve la ville toute puissante.
Puis vient le bivouac illégal, balade solitaire, dîner de rations lyophilisées suivi d’une nuit sous bâche plus chaude que prévu. L’aire est une vigne (celle du restaurant en contrebas, vendangée en septembre après 41 ans de jachère). Les passages se font rares : après quelques joggeurs tardifs, les dernières voitures quittent le gastronomique le Père-Gras peu avant l’heure anxiogène du couvre-feu. Ici c’est au-delà de la zone des sportifs occasionnels : ceux qui continuent en ont encore pour 20 min d’ascension. Plus tard, un sanglier m’ignore et visite le vignoble, un utilitaire vient passer la nuit plus bas, profitant du point d’eau. La ville rugit encore d’accélérations inconsidérées, des feux d’artifices sauvages, des trains, des sirènes de l’Etat et celles des secours. La nuit est paisible, bien qu’en pente douce. Un café, des photos et je redescends après avoir vu monter les camarades. C’est cliché et simple des photos de la ville depuis là-haut, pourtant en ce lieu c’est notre société que l’on trouve : le brouhaha des rues ne s’arrête jamais, ni son aura lumineux destructeur de la vie nocturne et des étoiles. Prétendre qu’il est possible de se détacher d’une agglomération aussi proche, aussi grosse, c’est se mentir.

Le son et l'image s'écharpent doucement, attirant l'attention et l’incompréhension, tels les deux sens distincts qu'ils sont.

Un dernier éclat sur le fort et le mont Saint-Eynard. Déjà sans feuille, la lumière a disparu bien avant de la vigne.

Des rues vides d’humains, pleines de lumières, maillant le paysage au milieu des reliefs, impénétrables à l’urbanisation malgré l’heure avancée.

Au petit matin, les centrales nucléaires françaises concurrencent la puissance atomique du soleil, dans un entre-deux rêveur et encore frais.