Carré 38

Carré d'étude réservé par Nathan MARRON


Un sourire Boulevard Gambetta

Nom du lieu : Boulevard Gambetta, hauteur rue Lesdiguières

Ce jour-ci, je me souviens m’être assis sur ce banc en bois, que le temps avait d’ailleurs bien marqué. Situé à côté d’un feu tricolore, je n’ai donc pas choisi cette assise altérée pour sa vue, mais parce qu’elle était la seule à être couverte par cet arbre aux feuilles d’or. À l’abri des perles fines que déversait ce jour d’automne, je venais de me détacher de ce monde. Seul, j’observais ce tableau vivant. Nul ne pouvait comprendre tout le désespoir de ce monde, s’il ne prenait pas un instant pour quitter et regarder cette œuvre. Sur chacun des visages qui traversaient ce tableau, aucune expression, aucune vie. Et lorsque deux de ces visages avaient la chance de se croiser, aucun regard, aucun échange. Qui voudrait vivre dans un monde où toute humanité est oubliée ? Pourtant, tous ces gens traversaient mon tableau comme s’ils l’avaient accepté, sortant de celui-ci comme ils y étaient rentrés. Mais, comme insatisfait, l’Homme qui choisissait de se taire face à la perte de son humanité, souhaitait aussi détruire la toile de mon tableau. Cet homme qui jetait son mégot par terre. Cette femme, assise, dans cette voiture capable de transporter trente fois son propre poids. Mais encore les tonnes d’asphalte qui permettaient à cette femme d’utiliser sa voiture. Tous, désiraient détruire ma toile. Ce n’était qu’une question de temps avant que personne ne puisse plus admirer cette œuvre . Mais qui voudrait la voir, tout y est triste, et sans espoir. Pourtant au même instant, une petite fille s’approcha. Si petite qu’elle n’arrivait pas à monter sur le banc. Celle-ci tourna la tête, plongeant son regard dans le mien, puis à ma grande surprise, sourit. Ce sourire crédule, avait une telle puissance, qu’il balaya en un instant toute la peine que j’avais pour ce monde. Sourire face à mon tableau était utopique, pourtant cette petite fille le fit. Je quittais donc ce banc, souriant, avec en tête l’idée que l’utopie n’était pas irréalisable, mais seulement irréalisée.

Orchestré ou chaotique, peu importe, ce lieu reste sans humanité.

Marche d'une génération, laissant derrière eux montagne de déchets et coulée de béton.

Un vélo, une mentalité, un espoir.

Sourions, et faisons route vers ce bout de ciel bleu, cette utopie.